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Le Reder Mor a chaviré

Le Reder Mor a chaviré
Au sud-est de l’île de Groix, dans la soirée du jeudi 9 janvier 2020, le Reder Mor a chaviré à deux reprises avec 5 personnes à bord. Le mat a été arraché. L’équipage se croyait être au sud-est de Belle Ile. Les secours qui ont pu être prévenus, ont cherché le bateau à 23 miles de l’endroit où il se trouvait. De simples fusées tirées à partir du bateau ont permis de le relocaliser au sud-est de Groix. Quand les sauveteurs sont arrivés, des vagues de 5 à 6 m les ont empêché de venir bord à bord pour récupérer l’équipage. Ils ont réussi à prendre le Reder Mor en remorque jusqu’à Port Tudy, le port de l’Ile de Groix. Une équipière était inconsciente et devait décéder quelques heures plus tard. Une autre, blessée gravement, a été évacuée par hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Lorient. Les trois hommes du bord en état de choc ont été emmenés à l’hôpital de Lorient par la vedette de la SNSM.

Cette tragédie m’interpelle parce qu’elle aurait pu m’arriver comme à beaucoup de marins qui a un moment donné, avec un concours de malchances, voient se conjuguer toute une série de données pour arriver au drame. Moi-même j’ai fait la traversée du golfe de Gascogne sur un First en septembre 2019 et au retour, nous sommes passés de nuit à l’ouest de Belle-Ile, puis non loin du lieu du drame au sud-est de Groix à 3h de matin. Nous étions deux sur le bateau. Pendant mon quart, mon équipier dormait et je devais assurer seul la marche du bateau avec la surveillance visuelle des environs et la navigation avec les cartes qui se trouvaient dans le carré. Mais nous n’avions pas d’avarie et nous maîtrisions notre bateau et notre itinéraire.

Le Reder Mor est un First 51, un voilier de 15 m fabriqué par Bénéteau en 50 exemplaire dans les années 1980. Le First 51 est réputé bon marcheur et une traversée des océans ne lui fait pas peur. Les qualités nautiques et le comportement à la mer sont particulièrement remarquables, et ce quelque soit le temps. C'est un voilier très raide à la toile, puissant et sûr. Les deux barres à roue offrent une visibilité parfaite au barreur. Par contre, rien n’est prévu pour la baignade. La Poste a utilisé un First 51 pour sa première participation dans la Whitebread.

Le Reder Mor immatriculé à Malte a été acheté en juillet 2019 par un Morbihannais. L’annonce de vente précisait un prix de 79000 € à débattre. Ce prix en-dessous du prix du marché pourrait faire penser que le voilier était dans un état moyen et avait besoin d’une bonne révision.

Parti de Porto, les batteries du bateau déclarent forfait au bout de quelques miles. C’est donc sans instrument électronique que le voyage se fait, mais aussi sans informations météo actualisée.

Le jeudi 7 janvier,la marée est basse à 22 h avec une coefficient de 76. Un BMS (Bulletin Météo Spécial) est en cours. L’équipage doit être exténué par une traversée en hiver sans électricité. Peut-être que sur les 5 équipiers, plusieurs avaient le mal de mer. Le First 51 est un bateau exigeant et le diriger en pleine nuit n’est pas à la portée de tous.

Que s’est-il passé exactement, nous ne le savons pas encore. Ce qui est probable, c’est que l’équipage se croyant au sud-est de Belle-Ile pensait être rapidement à l’abri en se mettant à l’est de l’ile qui ne présente pas de danger de ce coté. Mais sur l’Ile de Groix, la configuration n’est pas du tout la même. Les méchants récits de la pointe du Chat sous l’eau ont pu arrêter le gros bateau lancé probablement à plus de 10 nœuds et qui a un grand tirant d’eau. Le bateau se met probablement sur le travers et les rouleaux des hauts fonds le font chavirer et perdre le mat. Le bateau reste prisonnier des récifs au milieu de la nuit. Les batteries qui n’étaient pas attachées sont projetées dans le carré et ont pu blesser des passagers. L’eau s’est engouffrée dans le bateau. Le bateau a pu alors se redresser, mais à l’intérieur, c’est la désolation avec de l’eau à 10°. Froid, humidité, obscurité, blessures aggravent encore la situation, et le bateau est toujours brassé par les vagues, tape sur les récifs. Par chance, avec le téléphone mobile, le Cross Etel est appelé pour demander de l’aide. Les minutes passent, une heure s’écoule encore dans ces conditions difficiles, mais pas de secours en vue. L’équipage ne comprend pas. Il décide alors d’utiliser les fusées de détresse. Par chance, elles sont aperçues par hasard par les habitants de l’île qui préviennent le Cross Etel, qui redirige les secours.

La suite est connue. Les sauveteurs interviennent dans des conditions limites. Ils ne peuvent pas évacuer tout de suite l’équipage à cause de l’état de la mer. Mais ils arrivent à le prendre en remorque et à le ramener jusqu’au port de l’île du Groix. Malheureusement, l’une des équipières, Stfy Ravu, déjà inconsciente est décédée malgré l’intervention d’une équipe médicale.

Toutes nos condoléances vont à la famille de Stfy Rabu, habitante de Plessé en Loire Atlantique. Et nous adressons tous nos vœux de rétablissement rapide aux autres membres de l’équipage. Et tous nos remerciements à la SNSM qui est intervenue dans des conditions extrêmes.

Cette malheureuse histoire est une expérience instructive pour peut-être éviter de reproduire de tels drames. La traversée du Golfe de Gascogne peut être très difficile et nécessite de réunir de bonnes conditions. En hiver, avec un bateau d’occasion mal connu, avec une arrivée de nuit à marée basse et en plein coup de vent, l’histoire de Reder Mor a donné raison à l’adage : Qui voit Groix, voit sa croix.

François Kammerer

Sources : Le Télégramme, Ouest-France, Voiles et Voiliers, Ouest-France, Voiles et Moteurs, Hisse et Ho

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Carte marine du sud-est de Groix

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Horaires des marées du jeudi 9 janvier 2020

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